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Au moment où l’avènement de la métapsychologie détourne les analystes du récit de l’observation clinique auquel ils s’astreignaient jusque là, paraît, chez certains d’entre eux, un intérêt enthousiaste, obstiné pour les faits cliniques.
Clinique du contre-transfert *[1]
de Jean-Claude Rolland |
La préoccupation qui saisit Freud face à ce qui tourne autour du « transfert de pensée », et qui inclut le fait de l’occultisme et de la télépathie, s’inscrit dans son compagnonnage avec Ferenczi. Des études approfondies ont été consacrées à ce sujet, dont l’ouvrage de Wladimir Granoff et de Jean-Michel Rey[2].
Freud et Ferenczi, lors d’un séjour aux États-Unis qui les a rapprochés, s’intéressent aux phénomènes psychiques sous-tendant la télépathie. Pour ce faire, Ferenczi consulte une voyante à Berlin d’abord, puis à Budapest. Afin d’assurer plus de neutralité à cette expérience, il engage aussi son frère, et leurs consultations donnent lieu à un échange épistolaire sérieux et fourni qui durera toute l’année 1909 : Ferenczi adresse à Freud des rapports circonstanciés que Freud supervise. Ils ont le sentiment de mettre la main sur un fait qui pourrait être essentiel à la compréhension du processus analytique : dans l’esprit de la voyante, passive, peut-être hébétée, se reflèterait, en image, la formation de désir inconsciente présente dans l’esprit de celui qui lui parle. À l’issue de cette conclusion, au prétexte que beaucoup de préoccupations les absorbent, les deux hommes suspendent leur recherche que Freud reprendra à son compte plus tard.
Je suis sensible au fait que cette reprise – qui suscite la réticence de la plupart de ses collègues – est aussi contemporaine de la naissance de la seconde topique. Peut-être ce lien a-t-il été occulté par l’intérêt passionnel qu’inspirèrent ces questions, dans ces années-là, parmi les analystes les plus proches de Freud. Ainsi, Patrice Bernachon écrit :
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Cette affaire de la télépathie et de l’occultisme a un destin à part dans l’histoire de la psychanalyse. Elle n‘y occupe pas une place majeure mais retient par les mouvements qui se forment autour d’elle, croyance, frayeur, danger pour la science psychanalytique, et les atermoiements qui en découlent : s’en occuper ou pas, en parler ou ne pas en parler. De fait elle circule le plus souvent de façon clandestine et récurrente, fait l’objet de débats, moins quant à sa pertinence que quant à l’opportunité de l’insérer dans la théorie et surtout la pratique de la cure. [3] |
La réunion du « Comité secret » en septembre 1921 dans les montagnes du Harz [4] est exemplaire de ce tourment. Freud a oublié d’emporter une des conférences qu’il doit y prononcer, relative au cas Forsyth. Jones s’oppose vigoureusement au choix de ce motif et à ce qu’on en donne une quelconque publicité. Mais j’insiste : les deux articles que Freud rédige à cette occasion, et sur ce thème, s’intercalent entre la rédaction de « Psychologie collective et analyse du moi » et « Le moi et le ça ». Il s’agit de « Psychanalyse et télépathie » et de « Quelques mécanismes névrotiques dans la jalousie, la paranoïa et l’homosexualité ». Il revient sur ce motif dans la XXXe conférence :
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C’est faire preuve de peu de confiance en la science que de ne pas l’estimer capable d’accueillir et d’assimiler ce qui pourrait s’avérer vrai dans les affirmations occultes. En ce qui concerne la transmission de pensée elle semble quasiment favoriser l’extension du mode de pensée scientifique au monde mental si difficile à saisir. Le processus télépathique consisterait en ce qu’un acte psychique d’une certaine personne suscite le même acte psychique chez une autre personne. Ce qui se trouve entre ces deux actes psychiques peut être un processus physique où le psychique se transpose à un bout et qui, à l’autre bout, se transpose à nouveau dans le même psychique. [5] |
Au sujet de cette incidence relative aux rapports du psychique et du physique, on note que la position de Freud, jusque-là tranchée, vacille. L’idée qu’une conversion de ces deux catégories sous-tend l’activité de figuration de l’appareil psychique sera reprise encore plus tard en 1932, dans un article intitulé « Sur la prise de possession du feu » :
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On peut se demander si nous pouvons attribuer à l’activité de formation des mythes de s’essayer – comme par jeu – à la figuration déguisée de processus mentaux à manifestations corporelles, processus bien connus même s’ils sont aussi très intéressants et cela sans autre motif que le simple plaisir de la figuration. [6] |
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Dans la discussion de l’exposé de Jean-François Daubech aux journées ouvertes de l’APF sur la guérison [7], une idée m’a soudain frappée que je n’ai alors qu’esquissée et que je me propose de développer plus avant. Cette idée peut se résumer à ceci : si le développement de la première théorie de l’appareil psychique s’est étayée sur une recherche clinique détaillée, récurrente, relevant de récits de cas et de cures nombreux et variés, il n’en est pas de même du remaniement théorique qui a suivi le tournant de 1920. Dès lors la référenciation à l’observation analytique tend à se faner, la théorie s’appuie plutôt sur des faits latéraux à la cure et certes d’une grande valeur, le jeu de l’enfant, la névrose de guerre, le mythe, le fait culturel de la barbarie par exemple. Comme si la métapsychologie, qui trouve, là, sa pleine éclosion, soit ne dispose pas d’accès direct à la clinique, soit est autosuffisante quant à sa force de démonstration et son pouvoir de conviction. Ce que je crois qu’elle est.
Voilà donc un fait propre à l’histoire de la science analytique : au moment où l’avènement de la métapsychologie détourne les analystes du récit de l’observation clinique auquel ils s’astreignaient jusque-là, paraît, chez certains d’entre eux, un intérêt enthousiaste, obstiné pour les faits dit occultes. Je veux examiner ce fait historique encore dans une autre perspective.
La première topique met l’accent sur la prégnance du refoulement et sur le conflit opposant moi et refoulé, pulsions d’autoconservation et pulsions sexuelles. La cure analytique pourvoit l’analyste et l’analysant des outils nécessaires au « traitement », et du confit psychique, et du refoulement fondant la névrose. La parole associative ouvre au refoulé une voie vers le devenir conscient, le transfert offre aux objets sexuels conservés dans l’inconscient une voie vers leur substitution à des objets réels. La méthode analytique est là parfaitement ajustée à la théorie analytique. L’idéal d’une théorico-pratique a été, à un moment donné dans l’histoire de la jeune science, incontestablement acquis.
Le remaniement théorique de la seconde topique n’a pas donné lieu à un remaniement de la méthode analytique. Ni chez Freud, ni même de nos jours [8]. Ce constat indique la résistance à laquelle se heurte ici l’avancée scientifique. On ne peut pas dire que les récits cliniques que nous lisons ou entendons soient si différents de ceux que Freud donna de Dora ou de « L’homme aux loups ». Alors même que la découverte du narcissisme, en tant que position libidinale se dérobant au transfert, et celle du conflit pulsionnel entre vie et mort et liaison et déliaison, devraient appeler à un relevé clinique d’un tout autre esprit.
L’hypothèse que je proposerais est celle-ci : les observations relatives à la transmission de pensée, que Freud recueille avec infiniment d’attention, de rigueur et de critique, en se restreignant d’ailleurs à ce qui y est analogique à la cure, pourrait constituer une ébauche de réponse à cette carence. Ce qui intéresse Freud dans la transmission de pensée, est qu’elle met en jeu des opérations psychiques qui différent de celles oeuvrant dans la névrose de transfert. Des opérations psychiques qui sont accessibles à l’observation et qui octroient aux faits structuraux, reconnus par la seule pensée spéculative métapsychologique, un appui pragmatique, une application possible dans la pratique de la cure. De sorte que la Seidler, la voyante dont Ferenczi supervisé par Freud, explore la pratique, représenterait pour les deux hommes une figure encore inconnue de l’analyste dans la cure. Pour comprendre comment l’observation des faits occultes vient éclairer latéralement la clinique analytique, je m’appuierai sur deux faits structuraux dégagés par la recherche métapsychologique, le narcissisme comme forme d’investissement libidinal par laquelle le moi se prend lui-même comme objet, et l’identification, en tant que relation d’objet archaïque par laquelle l’objet est inclus dans le moi, confondu à lui. « Moi » et « objet » représentent, dans la désignation métapsychologique, comme des épures, l’instance du sujet et l’instance de l’autre, du Nebenmensch, de la présence duquel naît la subjectivité du premier. Il est important de noter que par cette internalisation, le destin de l’objet interne suit un cours radicalement différent de celui de l’objet externe, à tel point que l’usage du mot commun « objet » vient troubler nos représentations. Dès les Études sur l‘hystérie, Freud affirmait cela avec force :
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L’opposition entre subjectif et objectif s’instaure seulement par le fait que la pensée possède la capacité de présentifier, gegenwartig machen, de nouveau par reproduction dans la représentation quelque chose autrefois perçu, l’objet n’ayant plus à être présent à l’extérieur. |
Cette position radicale de l’internalisation va donc de pair avec la défaillance de l’opposition subjectivité/objectivité.
À ces deux faits j’opposerai deux opérations psychiques susceptibles de les mobiliser et de les transformer, la projection, mécanisme bien repéré mais qui mérite d’être exploré plus avant, et une opération passée inaperçue, le vocabulaire ne la reconnaît pas, que Ferenczi désigne tout d’abord sous le terme d’ « induction » et auquel Freud préférera celui de transfert de pensée, à savoir l’opération par laquelle le sujet se réfléchit dans le Nebenmensch, acquérant ainsi la faculté de se découvrir (ou se lire) dans ce reflet, et par laquelle s’inaugure la différenciation d’une substance du moi, depuis la substance de l’autre.
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Le concept d’identification apparaît très tôt dans la théorie freudienne, sa première ébauche est formulée dans L’interprétation du rêve, il désigne la propension narcissique du rêveur à ce que son moi soit représenté dans chacun des personnages du rêve. Le concept n’a encore qu’une portée phénoménologique. Il devient l’outil métapsychologique que l’on sait avec « Deuil et mélancolie », où il rend compte de la procédure utilisée par le moi pour obvier à la perte de l’objet et le conserver comme une part de soi, comme son ombre. A ce stade, le concept d’identification englobe par anticipation celui de clivage : entre le moi et l’objet introjecté s’installent une opposition irréductible et une passion, la mélancolie, qui n’admet pas d’assouvissement. Il trouve enfin son achèvement dans « Le moi et le ça » où Freud le situe comme un temps fort du destin du complexe d’Œdipe, y reconnaît l’origine du surmoi. La dépendance, où se trouve le moi par rapport au surmoi, est de nature érotique, ce dernier demeure pour le moi, et son « objet interne » au sens le plus fort de ce mot, et son idéal.
Ajoutons que, dans cette dernière version, la notion d’identification subit une sorte de déhiscence : à côté de l’identification de type surmoïque qui conserve sa pleine valeur érotique œdipienne, une identification désexualisée apporterait au moi, à partir de sa source perceptive, par dépôt, sa matière propre faite « des précipités d’investissements d’objets abandonnés ». L’essence du moi provient donc pour l’essentiel de l’objet, il est mélancolique de bout en bout, mais pas avec la même intensité selon les lieux qui y dessinent les opérations opposées de conservation et de désexualisation. Le clivage, par lequel ces diverses instances échappent à l’affrontement et à une destruction réciproque, doit être la résultante de l’écart entre les économies libidinales qui les gouvernent, de la même manière que la guerre, entre deux pays frontaliers, se fonde secrètement sur les écarts de langue, de religion ou de monnaie.
Ce concept d’identification, Freud nous l’a imposé comme il s’est imposé à lui, comme une évidence devant laquelle l’expérience que la cure nous donne de la vie de l’âme nous condamne à nous incliner. C’est peut-être là une manifestation de l’autosuffisance que je reconnaissais tout à l’heure à la métapsychologie, laquelle est une méthode de pensée « visionnaire » qui s’impose plus qu’elle ne se fonde, qui se transmet plus qu’elle ne se découvre mais qui, à la faveur de cette transmission, s’approfondit. La transmission se spécifierait par le fait qu’elle concerne des avancées de pensée, initiées par un auteur à une certaine génération, et exigeant pour leur achèvement, sa reprise par un ou des penseurs appartenant à des générations ultérieures. La transmission exprimerait une solidarité secrète entre les hommes, par delà l’espace et le temps qui les désunit. Un exemple palpable en est donné par la reprise par Rembrandt, lors de l’exécution de La leçon d’anatomie du Docteur Jean Deijman (1656) d’une invention picturale réalisée par Mantegna dans une Déposition, dite Le Christ mort. Cinquante ans séparent les deux artistes dont l’un vit à Delft et l’autre à Florence : le cadavre chez Rembrandt est placé dans la même position assise et surplongeante que le crucifié chez Mantegna. Les historiens d’art ont vu dans cette reprise la mise en correspondance des thèmes (religieux) de la crucifixion et (scientifique) de la dissection, témoignant d’un approfondissement et d’une laïcisation de la pensée et de la connaissance. On n’exclura pas que dans la cure, à un niveau qui excède le champ transférentiel proprement dit, se partage entre analyste et patient une circulation de représentations, dont l’un ébaucherait la figure, et l’autre la prolongerait, jusqu’à ce qu’elles trouvent les formes canoniques les autorisant à s’inscrire dans une sémiologie communautaire et franchement verbale.
Le concept d’identification se serait donc imposé à Freud sans qu’il soit en mesure de repérer les moyens par lesquels elle s’accomplit, les voies et les supports par lesquels, de l’identité de l’objet, naît, non sans un reste important, l’identité du moi. Il y a, pour autant que sa procédure nous reste impénétrable, quelque chose de magique dans cette notion qui appelle et nécessite, et intérêt, et critique. Et c’est cela qui amène Freud à se déplacer vers un phénomène qui lui est analogue dans sa magie manifeste, la transmission de pensée, la télépathie.
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Le surmoi est le modèle de l’objet introjecté dans le moi, de l’objet mélancolique. Sa constitution est le modèle de l’introjection. Elle en dévoile les ingrédients : son archaïsme, elle se produit avant l’appropriation de la langue alors que le sujet n’est pas inscrit dans une communauté symbolique ; l’attrait érotique œdipien qui la motive, et anime une tendance à la conservation qui défie nécessairement, plus ou moins, dans l’intimité subjective, la portée de l’interdit de l’inceste ; sa massivité enfin, le surmoi est un condensat serré de tous les objets œdipiens, et de toutes les motions, en écart structurel, qui composent ces objets.
Et enfin cette constitution ne se différencie pas aisément d’une transmission. Freud est sur ce point affirmatif, je le cite assez longuement parce qu’on retrouvera dans ce passage l’idée que, parce que quelque chose a été imposée à l’un, celui-ci le transmettra à un autre :
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En règle générale les parents et les autorités qui leur sont analogues suivent dans l’éducation de l’enfant les prescriptions de leur propre surmoi. Quelle que soit la façon dont leur moi a pu s’arranger de leur propre surmoi, ils sont sévères et exigeants dans l’éducation de l’enfant. Ils ont oublié les difficultés de leur propre enfance, ils sont satisfaits de pouvoir à présent s’identifier pleinement à leurs parents qui, en leur temps, leur ont imposé ces lourdes restrictions. C’est ainsi que le surmoi de l’enfant ne s’édifie pas en fait d’après le modèle des parents mais d’après le surmoi parental ; il se remplit du même contenu, il devient porteur de la tradition de toutes les valeurs à l’épreuve du temps qui se sont perpétuées de cette manière de génération en génération. [9] |
Mais encore plus spécifique de ce procès de l’introjection est la constitution, dans le moi, d’espaces marqués de différences, d’oppositions et de frontières. Ce qu’il y a de commun entre l’instauration du surmoi et les identifications mélancoliques qui, ici et là, altèrent l’homogénéité du moi, est l’éclosion, et la possible insurrection, de factions qui revendiquent leur autonomie et tendent, en accaparant le phénomène de la conscience, à établir l’hégémonie sur la nébuleuse née de cette désorganisation du moi. Selon que la conscience s’attache à telle ou telle faction, celle-ci pourra se prétendre « moi », à l’exclusion des autres, réduites au rang d’objets. Dans la même nouvelle conférence, il est étrange de voir Freud, pour représenter cet état de fait, recourir à une série de métaphores qu’on peut qualifier de géopolitiques. « J’imagine, écrit-il, un pays au relief très varié, collines, plaines et chaînes de lacs avec une population mêlée – Allemands, Maygars et Slovaques y habitent et exercent des activités diverses… [10]»
Je lui emboîte volontiers le pas parce que je veux insister sur le conflit et l’indécision qui, à l’intérieur même du moi, règnent ente le statut narcissique et objectal des formations qui le composent. Parce que je veux isoler, pour le faire apparaître, le fait qu’aucune de ces formations n’est totalement narcissique ou totalement objectale, qu’elle peut incessamment se retourner dans l’une ou l’autre de ces positions et que la meilleure cache que l’objet puisse trouver, pour conserver toute la préciosité de sa valeur œdipienne, est de se déguiser en instance moïque. Ainsi on peut comprendre que le mouvement mélancolique qui, à une époque plus tardive et dans des conditions historiques particulières, restaure, par un effondrement psychique, l’introjection de l’objet dans le moi, doit nécessairement activer l’intégralité de ce processus. Le sujet doit s’arracher à la communauté humaine ordonnée par l’interdit de l’inceste, l’objet doit retrouver la charge œdipienne dont la désexualisation et le renoncement l’avaient délivré et se confondre à la multitude des restes œdipiens qui, comme des précipités des relations les plus originaires, représentent, à la frontière ultime du moi, la part inaliénable du ça. Enfin nous ne pouvons nous épargner de situer l’opération d’introjection par rapport à celle de refoulement. L’une et l’autre visent à la répression de l’affect et à la négation de la trace mnésique de l’objet mais avec des degrés d’intensité et de qualité.
La représentation d’objet, qui n’a subi que le refoulement, conserve, sans ambiguïté, son caractère objectal, elle conserve aussi la désexualisation qui lui a permis, après sans doute un passage par l’identification, de devenir objet de la libido d’objet. Celui-ci est alors susceptible de se substituer directement à un objet réel du monde extérieur, qui apporte au fantasme de désir qui le porte éconduction et perlaboration. Le transfert appelle méthodiquement ce déplacement, la parole associative active les signifiants langagiers assurant la transition de la représentation refoulée vers la représentation nouvellement élue et garantit la justesse de leur correspondance ; la tâche de l’interprétation consiste à repérer et à formuler les opérations sémantiques commandant à cette levée du refoulement.
L’introjection est indubitablement une répression plus violente. Elle démet la représentation de son statut d’objet, la rétablit dans l’intégralité de sa valeur œdipienne. Cela nous l’avons déjà vu. Mais surtout elle conserve cette représentation hors de portée du système signifiant, seul susceptible de la lier à des représentations de mot et de lui ouvrir la voie du déplacement. L’objet introjecté est un objet muet, un objet sans voix, et je veux jouer sur l’homophonie de ce mot : sans voix pour s’énoncer, sans voie pour se déplacer hors de l’espace du moi qui l’enclôt, le maintient forclos.
On a l’habitude de restreindre l’acception de l’Hiflosigkeit, de la « désaide originaire », au dénuement affectant le petit être humain prématuré, dans son incapacité à subvenir lui-même à des besoins élémentaires, et qui dépend de l’autre pour sa survie, de sa capacité à lui apporter « l’action spécifique ». Ne retrouve-t-on pas une autre forme de désaide dans cette conséquence lointaine du complexe d’Œdipe qui entrave le développement de la subjectivité du fait que la force d’attraction des objets originaires s’oppose à leur renoncement ? L’effondrement mélancolique, le risque léthal qu’elle fait courir à celui qui en est affecté est la figure extrême de cette désaide. Le transfert, son interprétation, au sens où l’éclaire la première topique n’est ici pas opérant. Il n’accomplit pas l’action spécifique appelée par ce dénuement.
C’est ici qu’interviendrait, comme relais théorico-pratique, la notion de transfert de pensée, telle que la découvre la recherche sur l’occultisme et la télépathie. Freud plutôt qu’« induction », désigne Denkenübertragung cette procédure psychique, comme s’il ne voulait pas la désolidariser du transfert ordinaire, Übertragung, comme s’il lui accordait d’emblée le statut d’un précurseur ou d’une strate sous-jacente à celui-ci. Sans doute a-t-il raison. Et l’on remarque en effet, à lire attentivement les lignes qu’il consacre à ce motif, que ce que produit ce transfert de pensée, ce n’est pas un échange de mots, ceux-ci ne sont pas absents, mais ils opèrent plus par leur charge sensuelle que par leurs valeurs signifiantes, c’est un échange d’images entre les protagonistes de cette mystérieuse situation. Relisons l’échange épistolaire entre Freud et Ferenczi au sujet de la Seidler, la voyante berlinoise leur servant de matériel d’observation.
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Ferenczi : La transmission de pensées, par des voies inexplicables jusqu’à présent, l’éveil au moyen de mes pensées (cs et ics) d’impressions visuelles dans un psychisme étranger était l’éventualité qui s’était imposée à moi le plus nettement.
Freud : Mais la transmission de vos pensées par des voies incompréhensibles, voilà qui est remarquable et peut-être nouveau… Ne pas exclure qu’elle [la Seidler] ait une capacité : celle de reproduire vos pensées dont elle ne comprend pas elle-même la représentation visuelle dans son esprit. Toutes les autres explications du genre finesse de perception, premièrement me paraissent insuffisantes deuxièmement présupposent chez cette femme une capacité psychique singulière. L’hypothèse de transfert de pensée seule ne demande pas cela, mais le contraire ; elle peut être une personne stupide et même passive chez laquelle se reflète ce qui sinon serait réprimé par son activité psychique propre. |
Plus loin, il est encore plus explicite :
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Ce n’est pas un fragment quelconque d’un savoir indifférent qui est communiqué par la voie de l’induction à une seconde personne, mais un souhait extrêmement fort d’une personne, ce souhait se trouvant dans une relation particulière avec sa conscience a pu avec l’aide d’une seconde personne se procurer sous un léger voilement une expression consciente, tout comme l’extrémité invisible du spectre se manifeste aux sens sur la plaque photosensible sous forme de prolongement coloré. [11] |
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Dans une relation au transfert ordinaire que nous comprenons mal et que nous pouvons pour l’instant laisser de côté, le transfert de pensée serait donc une relation du moi inconscient à l’autre pris comme miroir, à l’autre érigé, par reflet, en alter ego. Il n’est pas très difficile de prouver l’existence d’un tel état de fait lorsqu’il se produit à la faveur de la situation analytique, mais hors de la cure, latéralement à elle. J’en ai donné une illustration dans Avant d’être celui qui parle que je reproduis ici :
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L’analysante a perdu sa mère dans le cours de son analyse. Je ne pus négliger, l’écoutant, le fait que dans l’exposition de l’immense douleur qu’elle en ressentait, elle associait assez régulièrement sa fille très petite qui, disait-elle, ne cessait de réclamer sa grand-mère. Le matin même du jour anniversaire de la mort de sa grand-mère, la petite fille de quatre ans se saisit dès son lever d’un bâton et toute la journée s’en aida pour marcher. La patiente pensa, sans se l’énoncer aucunement, que sa mère, les dernières années de sa vie, marchait avec une canne. La nuit qui suivit, la patiente fit un rêve où il était question d’une épée dans laquelle l’analyste reconnut aisément la fameuse canne. Elle put alors se formuler clairement ce qui, de sa fille à elle, s’était joué d’un déni commun du deuil de la mère chérie, par une vision partagée de la réincarnation de sa personne. [12] |
Bien qu’il se produise communément dans le travail analytique, puisqu’il inaugure ce qui deviendra ultérieurement le transfert, il est plus difficile à l’analyste d’en rendre compte pour autant, qu’étant l’acteur de ce transfert de pensée, il ne peut s’en faire en même temps le témoin. L’observation des rêves que l’analyste a ici ou là et qui ont un patient pour motif pourrait parer à cet obstacle. Je ne me déroberai donc pas à cette exploration, même si elle me conduit à m’exposer et à m’imposer plus que de mesure. Je m’y résous, pensant que c’est là une tentative d’intégrer, à la clinique de l’expérience transférentielle, une clinique rudimentaire du contre-transfert, de conjoindre le relevé (je prends le mot au sens géographique) des deux espaces des deux sites qui organisent la situation analytique, la scène de l’analysant, la scène où se tient l’analyste.
Une nuit où j’eus beaucoup de rêves, l’un d’eux, bref et simple, concernait une patiente, à laquelle je ne pense jamais hors de ses séances. Je la voyais tout en rondeur (elle ne l’est pas en réalité), elle avait la forme d’une toupie et elle s’agitait frénétiquement comme, justement, une toupie lancée dans sa course, sous l’effet de la question que je lui posais « me paie-t-elle bien les séances où elle ne vient pas ? ». Dans le rêve, je restais indécis quant à savoir si ma question l’avait offensée ou si son agitation témoignait d’une rébellion qui motivait aussi ses absences. Elle me répondait, en colère, que bien sûr elle payait toutes ses séances et que, de plus, elle disposerait bientôt d’une somme de vingt-cinq mille francs ou euros qui aplanirait toutes ses difficultés.
Les questions d’argent évoquées dans le rêve proviennent d’événements réels. Après l’accouchement de son fils – la grossesse a eu lieu pendant son analyse – elle éprouva une grande difficulté à se séparer de lui et manqua beaucoup de séances. Nous pûmes mesurer, dans les quelques séances où elle venait, La force du lien qui l’attachait à lui et la douleur immense que représentait pour elle cette perte ponctuelle de l’objet, et qui se figurait dans le fait qu’après avoir déposé l’enfant à la crèche pour venir à sa séance, elle demeurait transie derrière le bâtiment, attendant l’heure de le reprendre. La suspicion très forte qu’elle ne me payait pas toutes ses séances, et qui me mettait mal à l’aise, n’était pas sans lien avec ma propre difficulté à supporter ce temps pathétique de la cure. J’ai attendu longtemps avant de m’ouvrir à elle de mon doute, à quoi elle répondit, comme elle le fait dans le rêve, que « oui », mais contrairement au rêve, sans colère. L’autre référence à l’argent se rapporte à un élément plus ancien, au récit qu’elle donna de l’opération financière que son mari et elle avaient conçue pour faire face, et à l’achat d’une maison, et à son analyse. Cette opération portait sur une somme qui est celle du rêve, je n’en suis pas sûr.
L’image de la toupie par contre ne provient pas de la réalité perceptive. C’est une construction de ma pensée onirique, que j’ai rapportée, sans plus de preuve, aux conditions de son engagement dans l’analyse, deux ans auparavant. Par sa profession, elle y pensait depuis longtemps, mais elle brusqua sa décision à la suite de deux incidents qu’elle vécut tragiquement. D’abord une énième grossesse qui s’avéra au bout de trois mois, comme les précédentes, une « grossesse nerveuse ». Et peu avant, le fait que son frère cadet ait traversé un épisode psychotique grave, qu’elle ne pouvait pas ne pas rapporter à l’extrême proximité qui les avait liés dans l’enfance. Longtemps, l’idée la hanta que c’était ce frère qui aurait dû être en analyse avec moi, qu’elle lui avait volé sa place. Nous avons pu assez aisément traiter, et son conflit violent au sujet de son désir d’enfant, et son identification mélancolique au frère effondré, à la lumière de l’imago paternelle, défaillante et effrayante, qui leur était commune.
Il est tentant de voir dans l’image « toupie » le reflet, en moi, d’une telle identification « paternelle ». La figure abstraite que l’image onirique donne de l’agitation propre à la folie, n’est pas seulement due à une « déformation au passage d’un espace psychique à un autre », ainsi que le suggère Freud à Ferenczi. Elle pourrait être aussi la marque d’un style expressif « primitif », tel qu’on le retrouve à Lascaux, dans la figure de ces bisons massifs, stylisés à l’extrême, et qui évoquent immédiatement à celui qui les regarde, et la terreur, et la détermination à la surmonter, de ceux qui se représentaient là. L’objet introjecté dans son moi, aimé et perdu, indifféremment père ou frère, se serait révélé sur un mode spéculaire, spectral, comme se révèle une photographie depuis son négatif, et s’arracherait par ce détour à l’inconscience de son statut narcissique. Je recours à ces métaphores pour faire apparaître le fait que cette opération mystérieuse, cette induction, n’est pas une projection. Elle est plus créative que défensive, relève plus d’une sémiologie que d’une éconduction.
J’ai le sentiment d’énoncer de façon froide quelque chose qui tient du « prodige ». Je m’appuie ce faisant sur trois arguments. Comme l’écrivait Freud à propos de la voyante : « De toute façon la technique devra éliminer complètement la Seidler, et entreprendre l’analyse de l’objet qui, en fait, se reflète ». Le franchissement des murailles, d’autre part, que le moi dresse entre lui et le monde perceptif, et contre le moi de l’autre, appelle un détour. L’induction qui procède par réflexion d’une représentation, introjectée par identification dans le « moi propre », sur le « moi d’un autre », représente possiblement ce détour. J’emploie enfin le mot prodige au sens où Georges Bataille qualifie ainsi l’exploit de l’homme de Lascaux, quand il se délivre des ses fantômes intérieurs et de ses désirs interdits en réfléchissant son image, à fresque, sur les parois de la grotte [13]. L’induction doit être un mécanisme très primitif de la vie de l’esprit, relevant d’une étape où la magie ne se différencie pas de la technique.
À la séance qui a suivi mon rêve, deux jours plus tard, je l’ai sentie, pour la première fois depuis le début de cette analyse, soulagée, détendue. Elle a d’abord évoqué son étonnement de ce que l’analyse ait tellement changé son rapport à ses rêves, puis rapporté celui de la nuit. C’était comme une photo où étaient rassemblés tous les hommes qu’elle a aimés, mais une photo un peu tragique, « funéraire », précise-t-elle, au sens où elle était centrée sur « l’homme avec qui elle a choisi de vivre et qui lui a donné un enfant », tandis que les autres étaient relégués à l’arrière plan, anonymes, effacés. Elle éprouve à leur égard un regret douloureux, et pense à un rêve récent de hammam qui lui avait rappelé ses relations amoureuses révolues, et où dominaient les idées de sueur, d’odeur, de sensualité. Puis elle raconta que sa mère lui avait dit au téléphone qu’en rentrant tard chez elle, elle avait surpris un étranger en train de cambrioler la maison, et l’avait affronté. Elle pense qu’elle aurait pris la fuite. Pourtant dans sa vie amoureuse, elle a pris des risques en suivant son désir et en se donnant sans méfiance à des étrangers. Je lui ai dit que c’était une allusion à l’idée d’étranger, les hommes du rêve anonymes et effacés. Elle précise alors que ces hommes étaient nus et qu’on ne voyait pas leurs visages. Puis un souvenir lui revient : quand elle avait sept ou huit ans, son père avait l’habitude de partir tôt le matin pour un jogging dont il revenait en sueur, et voulait l’embrasser, ce qui suscitait en elle aversion et compulsion à le fuir. J’ai rapproché ce souvenir du rêve du hammam : « Aurait-elle pensé à son père dans ce rêve ? » Elle a pensé, reprit-elle, à sa tendance à banaliser ce qui l’effraie ou la fascine.
Pourquoi l’idée que, dans la situation analytique, je suis moi-même, pour elle, sans visage et que, donc, les hommes du rêve me représentent, ne m’a-t-elle pas effleurée pendant cette séance, alors qu’après-coup et à distance elle me paraît d’une évidence absolue, aussi absolue qu’aurait due être la nécessité de l’interpréter ? Je note sans regret mon apparente défaillance. Elle est l’indice furtif d’une clinique contre-transférentielle qui inclut, comme son avers, sa face négative. Cette pensée a dû faire l’objet, dans mon discours intérieur, d’un contre investissement, je l’ai refoulée. Pourquoi ? Il n’est pas bon de répondre trop vite à une question mais, là, je le peux. Parce que la complicité mélancolique que son économie psychique requiert de moi, dans ce temps du travail analytique, vise à la conservation d’un attachement vital à cette imago paternelle narcissique.
L’induction, versus négatif, qui opère ici est la même qui, versus positif, produit l’image que mon rêve me donne d’elle. Ici, l’image d’elle qui se reflète en moi transforme l’économie de mon écoute et consécutivement l’économie de sa parole. Là, l’image de moi qui se reflète en elle, et dans laquelle je ne me reconnais pas, obère mon écoute et restreint sa parole. Pour résoudre scientifiquement l’apparente magie d’une telle communication à distance, Freud fait appel à l’hypothèse phylogénétique récurrente dans son oeuvre :
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Tel est le mode originel archaïque de communication entre les individus, mode qui se trouve repoussé au cours de l’évolution phylogénétique par une méthode meilleure à l’aide de signes reçus par les organes des sens. Mais la méthode plus ancienne pourrait subsister à l’arrière-plan et s’imposer dans certaines conditions, par exemple dans les masses en état d’excitation passionnée. [14] |
Il est vrai qu’à la profondeur où se déroule ici le processus analytique, au transfert, tel que nous l’entendons couramment, se substitue « une masse à deux dans un état d’excitation passionnée ». Il n’est pas vrai que la réflexion des images qui s’opère de l’un à l’autre ne soit pas déjà « une communication à l’aide de signes reçus par les organes des sens ». Notre observation montrerait le contraire. Peut-être faudrait-il ajouter à l’hypothèse freudienne que la méthode qui s’appuie sur l’image et celle qui s’appuie sur la langue servent des économies et visent des fins différentes : à l’une la conservation des objets œdipiens, à l’autre son renoncement. Elles vont ensemble comme avers et revers d’une même médaille.
La transposition de l’objet introjecté dans le moi, vers un lieu psychique ouvert à la libido objectale, requiert cette opération d’induction où transfert et contre-transfert, image et parole, ne sont pas séparables, comme le montre la confrontation de mon rêve et du sien : une femme toupie monologue avec un homme sans visage, degré zéro de la communication analytique.
Jean-Paul Rolland
*[1] Ce texte reprend une conférence prononcée dans le cadre du colloque toulousain du Quatrième Groupe, le 5 avril 2009. À paraître dans le n°200 du Coq Héron, « De la singularité de la transmission en psychanalyse ». [retour]
[2] W. Granoff et J.-M. Rey, L’occulte, objet de la pensée freudienne, Puf. [retour]
[ 3]. P. Bernachon, « De quelques mécanismes de transmission », Libres cahiers pour la psychanalyse, n°10, automne 2004, « L’objet de la jalousie », In Press. [ retour]
[4] Lieu dont on notera qu’il est, dans la tradition allemande, emblématique du surnaturel et de la sorcellerie. Goethe y situe l’action de son second Faust. [retour]
[5] . S. Freud, Nouvelles conférences d’introduction à la psychanalyse, Gallimard, p. 77. [retour]
[6] . S. Freud, in Résultats, idées, problèmes, Puf, p. 195. [retour]
[7] . J.-F. Daubech, « Une étroite union de la cure et de la recherche », Annuel de l’A.P.F., Puf, 2009, pp. 53-69. [retour]
[8] . Des tentatives se font jour, ainsi André Green, Penser les limites,Delachaux et Niestlé, 2002. [retour]
[9] . S. Freud, « La décomposition de l’appareil psychique », Nouvelles conférences, op cit, p. 93. [retour]
[ 11] . S. Freud, S. Ferenczi, Correspondances 1908-1914, Calmann-Levy, pp. 83-108. [ retour]
[12]
. J.-C. Rolland, Avant d’être celui qui parle,Gallimard, 2006, p. 128. [retour]
[13] . G. Bataille, La peinture préhistorique, Lascaux ou la naissance de l’art, Skira Flammarion : « Ce que l’art eut constamment pour objet : la création d’une réalité sensible modifiant le monde dans le sens d’une réponse au désir de prodige impliqué dans l’essence de l’être humain », p. 34. [retour]
[ 14] . S. Freud, Nouvelles conférences, op. cit., p. 78. [ retour]
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